Mémoire des atrocités franquistes : le passé qui ne passe toujours pas

28 avril 2010

Le juge Baltasar Garzon est mondialement connu depuis qu’il a lancé, en 1998, un mandat d’arrêt contre le dictateur chilien, Augusto Pinochet. En Espagne, il s’est notamment rendu célèbre pour sa lutte sans relâche contre les terrorristes de l’ETA. Mais le juge le plus médiatique au monde est maintenant traîné devant la justice au motif qu’il aurait enfreint la loi d’amnisitie de 1977.

Cette loi relevait d’une hypocrisie, somme toute utile, pour permettre à l’Espagne de sortir des ornières de la dictature et de progressivement rejoindre le giron des pays d’Europe de l’Ouest. Mais cette loi, qui amnistiait les crimes des franquistes, ne permit pas un travail de deuil des familles républicaines qui avaient perdu des membres dans des atrocités sans nom…Rappelons qu’il s’agit de 114 000 personnes environ. La pire vilénie leur fut réservée : l’ignorance du lieu d’enfouissement des corps.

A la demande de plusieurs associations pour le recouvrement de la mémoire historique, Baltasar Garzon ouvrit une enquête en 2008 qui dut être refermée, la loi d’amnistie jetant un voile pudique sur toute la période franquiste. Le « super-juge », comme il est souvent surnommé, avait requalifié en crimes contre l’humanité les exactions franquistes. Las! C’était sans compter avec l’extrême-droite phalangiste d’outre-Pyrénées : elle obtint qu’une mise en accusation du juge de l’Audiencia Nacional soit prononcée. Garzon risque de 10 à 20 ans d’interdiction d’exercer, autant dire que cela signerait la fin de sa carrière.

Petit-fils de réfugiés catalans républicains, j’ai toujours entendu mes grands-parents dénoncer ce silence hypocrite des années 1936-1955, les plus dures assurément de la guerre civile et de la période franquiste. En Espagne, le débat passionne et ravive certains tensions à l’intérieur de la société – 68 % des partisans du PSOE sont contre les poursuites à l’encontre du juge mais 68% des partisans du PP (conservateur) sont pour – et intra-familiales.

Néanmoins, il y a quelque chose de sain à voir que les manifestations pro-Garzon, qui ont eu lieu samedi 24 avril dans toute l’Espagne et devant ses ambassades dans plusieurs pays d’Europe, ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes contre quelques centaines seulement en faveur des associations phalangistes le même jour.

Il reste à espérer que Garzon ne sera pas condamné, que le travail de recouvrement de la mémoire historique continuera et que les corps des Républicains pourront enfin être exhumés de leurs fosses communes et leurs familles, ainsi, retrouver le repos de l’âme.

La burqa : une chance pour refonder les Lumières

26 avril 2010

J’ai commencé la rédaction des billets de ce blog avec un papier concernant les femmes…Je pensais que j’y reviendrais un jour. A plusieurs reprises, j’ai différé la chose bien que l’actualité m’en ait donné maintes fois l’occasion. Aujourd’hui, je repreds le sujet d’une manière volontairement plus polémique.

Soyons franc : ni le voile ni la burqa ne menace l’intégrité de la République française ! Voilà, c’est dit.

Mais je vais plus loin : il faut abroger la loi sur les signes distinctifs à l’école et, évidemment, ne pas écrire celle sur le voile intégral…

Des jeunes filles ou femmes souhaitent aller à l’école, au collège ou au lycée avec un voile ? Qu’on les laisse faire ! D’autres souhaitent sortir dans l’espace public intégralement voilées ? Laissons-les donc en paix !

L’apport de ces jeunes femmes sera fondamental dans le pacte social que nous essayons d’écrire ensemble. Seulement, pour l’écrire, il faut aussi entendre l’Autre, celui qui pense radicalement différemment de soi. Nous avons été éduqués, pour la plupart, dans le respect plus que dans la pensée raisonnée d’ailleurs, des concepts des Lumières. Seulement, nous avons perdu confiance dans leur efficacité. C’est à ce travail de transformation et réhabilitation que nous sommes objectivement confrontés depuis la seconde moitié du XXe siècle…

Or, cette transformation, ce travail critique sur les Lumières s’enrichirait, à coup sûr, de réflexions venues d’autres sphères de l’Esprit. Incontestablement, la foi religieuse fait partie de cet apport.

Laissons donc les jeunes femmes intégralement voilées ou pas occuper leur place dans la société et sur les bancs de l’école : c’est le seul moyen de dialoguer efficacement pour refonder la République, qui, malgré son histoire, n’est évidemment pas éternelle.

Bien sûr, cela implique un certain nombre de limites à tracer, dont le dénominateur commun pourrait être l’égalité. Ainsi, le refus, pour des motifs religieux ou autres, d’assister à des cours, la demande d’espaces séparés pour les femmes -notamment dans les piscines- ne peuvent être satisfaits.

Cependant, je suis conscient qu’une telle position nécessite une confiance absolue dans le dialogue des opinions et des groupes qui les portent, mais aussi une foi dans notre capacité à réinventer les Lumières…Car ce que révèle surtout ces débats récurrents autour de l’Islam n’est rien d’autre que notre doute sur notre propre héritage intellectuel.

Ben m’emmerde…

11 avril 2010

Ben, c’est Benjamin Vautier, l’un des membres de ce courant artisitique nommé Fluxus. Mais Ben est bien plus que cela. Ben est votre ami car Ben est partout : sur vos agendas, en cartes postales, sur les tee-shirt et depuis un mois, omniprésent dans la ville de Lyon. Les affiches, les panneaux Decaux, le métro, tout y passe. La raison : l’exposition qui lui est consacrée au Musée d’Art Contemporain, Le Strip-Tease intégral de Ben...Tout un programme…

En fait de strip-tease, il s’agirait plutôt d’un joyeux foutoir, qui finit par ne plus faire rire du tout…au bout du troisième étage d’exposition. Pour en revenir à l’effeuillage façon Fluxus, une photographie du cul de Ben, exposée au 1er étage, résume bien le propos de l’auteur et son rapport au public…

Ben était pour moi, avant cette exposition, un clown triste ayant fait fortune avec deux ou trois slogans publicitaires percutants, écrits en blanc sur des fonds noirs. A l’arrivée, après avoir visionné ses performances, scruté ses sculptures et écouté ses propos, je dois réviser mon jugement :

Ben n’a finalement pas d’humour, n’est pas non plus un artiste contestant la notion d’Art et les institutions contrairement à ce que l’exposition veut absolument nous faire comprendre.

A l’opposé, on doit lui reconnaître un sens aigu du marketing. En somme, ce serait une espèce de concentré d’artiste contemporain…

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