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Affaire Karski : la fiction prend le contrepied de l’histoire…pour le bien de tous

De quoi, débat-on en France en mars 2010 ? De la manière de relancer le projet européen ? De la 3è Intifada qui se prépare ? De la crise qui continue de bouleverser la vie de millions de personnes ? Non, pensez-vous !

Sur les ondes mais aussi à la télévision, on parle de la Shoah ou plus exactement de la connaissance qu’avaient les Alliés de l’état d’avancement de la destruction des juifs d’Europe en 1942…Non, vous ne rêvez pas, nous sommes en 2010 et on en est encore là. On pourrait penser que le débat resterait limité aux historiens et mémorialistes spécialistes de la question. Mais non, car France Culture a cru bon d’organiser une journée de débats sur le sujet. Et Arte de programmer une soirée spéciale pour traiter de la chose : l’affaire Karski.

Mais au fait, de quoi s’agit-il ? D’un livre écrit par Yannick Haenel, Jan Karski, sorti il y a 6 mois. Une fiction mettant en scène Jan Karski, résistant polonais et représentant de son gouvernement en exil, venu expliquer à Roosevelt que les Juifs sont en train d’être exterminés. Jan Karski et Roosevelt sont des personnages réels, mais tout le reste est faux.

Sauf que, voilà, l’auteur montre un Roosevelt lubrique, peu intéressé par les propos de Karski et qui finalement néglige cette question de l’extermination des Juifs. Et cela, en France, cela ne passe pas. Résultat : Claude Lanzmann, l’auteur entre autres de Shoah, est monté au créneau pour dire tout le mal qu’il pensait de ce romancier…

Fermez le ban, en France on ne touche pas à la Shoah, surtout quand il s’agit de fiction ! Je vous invite à découvrir les propos de Claude Lanzmann sur France Culture ce matin. Je n’entre pas dans le débat historiographique dont tout le monde se moque éperdûment.

Je retiendrai seulement le mépris du directeur des Temps Modernes pour une génération -la mienne, celle des trentenaires- qu’il traite de génération sans idéal. Ce mépris, je l’ai pris en pleine tête, tout en ne sachant pas vraiment ce que nous avions pu faire pour être traités de la sorte.

Je me dis que la seconde guerre mondiale, pas plus que d’autres événements fondateurs, ne sauraient être mis sur un piedestal, devenant de la sorte un objet intouchable, qu’il serait souhaitable de ne plus interroger et surtout pas de mettre en fiction.

J’ai aimé le livre de Haenel, et je me moque bien de savoir s’il est juste historiquement ou si l’auteur a commis un sacrilège. Le pouvoir de la fiction est infiniment supérieur à toutes les prises de position des gardiens du Temple. Lisons Haenel et ne laissons personne nous faire la morale, même s’il s’appelle Lanzmann. Après tout, les intellectuels ont aussi droit à une retraite bien méritée.

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